L. Szondi


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Le test de Szondi dans la consultation conjugale

Esther GENTON-MEIER et Barbara TRIPET

Le développement de l’Analyse du Destin est étroitement lié aux recherches que Szondi a menées avant la guerre. Ces recherches sur les arbres généalogiques des familles l'ont conduit à conceptualiser le tropisme libidinal et à l'étudier plus méthodiquement. Le libidotropisme a reçu ainsi le statut d'un prototype tropique vérifiable scientifiquement. Dans son article «Analyse des mariages » publié en 1937, il a présenté les principes de sa méthode scientifique d’étude du destin.

Szondi a écrit dans son article : "Les couples, quoique fréquemment assez dissemblables dans leurs traits manifestes, sont attirés l'un par l'autre par le biais d'un stimulus identitaire". (Szondi, 1937, p. 518).

De ces recherches szondiennes nous retenons un présupposé clinico-testologique qui se trouve à l’origine de nos investigations, il s’agit d'un stimulus identitaire dont l'existence possible serait responsable de l’attirance réciproque et du choix amoureux entre des personnes qui le posséderaient dans leurs traits latents.

A l’heure actuelle, il existe très peu de références szondiennes sur le choix libidotrope et bien que le sujet intéresse passablement les analystes du destin, un travail plus systématique reste encore à entreprendre. D’apparence facile, ce sujet devient vite compliqué au niveau de la recherche scientifique, et plus encore dans le cadre clinique. L'existence possible de ces fameux stimuli identitaires nous interroge et guide notre recherche sur le choix libidinal, cependant, nous ne pouvons pas encore généralisé le contenu de leur manifestation, car nos observations, aussi bien au niveau testologique qu'au niveau clinique, nous posent certaines difficultés, tant le choix en amour est dépendant des paramètres particuliers des cas étudiés.

Pour avoir un support théorique plus large que le seul szondien, nous nous sommes tournés vers des spécialistes des couples qui ont construit des théories du lien amoureux, comme Lemaire, Willi, Caillé, Neuburger ou Elkaïm. Ces références qui proviennent d’autres horizons théoriques et pratiques qui élargissent le champ conceptuel et permettent à la théorie libidotrope de trouver une place parmi les approches de couple plus actuels. Ainsi, notre travail n’est pas encore terminé et exige d’autres recherches plus approfondies qui seraient plus aptes à mieux dégager les principes constants du choix libidotrope et qui permettraient leur extrapolation aux choix amoureux courants.

Deux recherches antérieures indépendantes président nos recherches actuelles. La première, menée par E. Genton, s'est déroulée dans un centre de consultation conjugale en 1993-94. Les résultats de cette recherche ont permis de dégager quelques convergences entre les résultats du test et la dynamique relationnelle observée en thérapie de couples. Les partenaires se choisiraient selon l'insatisfaction des besoins contenus dans les facteurs racines qui participeraient à l'évolution de la crise conjugale. Des constats semblables ont pu être dégagés lors de notre deuxième recherche menée en 1998-99 par B. Tripet avec une population de couples non cliniques. D’après cette étude, le choix libidinal se baserait, tout d'abord, sur une complémentarité des besoins pulsionnels contenus dans le vecteur du Moi et puis des besoins du vecteur sexuel. Les besoins des autres vecteurs tentent de se ressembler en général plus que de se compléter.

Nous supposions que ces deux populations, clinique et non clinique, se différencient dans leur disposition à pouvoir choisir son partenaire, une fois, de manière plus contrainte, et l'autre fois, de manière plus libre. Il est important de constater que les sujets de ces deux populations, selon les résultats de nos recherches, ne se différencient pas au niveau des mécanismes de base de l'attirance libidotrope. L'union amoureuse semble réunir des personnes qui possèdent des besoins pulsionnels plutôt similaires des vecteurs C et P et plutôt complémentaires des vecteurs S et Sch qui influencent la rencontre amoureuse et la relation conjugale de manière manifeste et latente.

La relation conjugale est une relation qui se caractérise par son grand degré d'intimité et sa durée prolongée, indéterminée au départ, liée facilement encore, dans l'absolu, à la mort de l'un des partenaires. Dans cette relation, basée justement sur la durée, tous les mécanismes de défense se dévoilent progressivement, au fil du temps, dans la dynamique relationnelle. Il arrive alors que le couple n'arrive plus à faire face aux difficultés qui rongent la relation de l'intérieur et demande de l'aide.

Du point de vue de la consultation conjugale le phénomène de la crise mérite d'être souligné car les couples consultent principalement à l'occasion d'une crise qui déchire la relation établie. Selon les observations et les recherches des thérapeutes de couple, le noyau de cette crise semble être étroitement lié au choix initial du partenaire. Ce pourquoi, nous continuons nos investigations dans le cadre de la consultation conjugale où nous pouvons observer directement l'interaction des conjoints face à la crise et vérifier ainsi nos hypothèses sur les liens.

La dimension interactionnelle du test n'a jamais suscité autant d'intérêt que sa dimension individuelle, et dans notre travail nous rencontrons diverses difficultés qui nous interrogent sur les capacités du test à être appliqué aux couples et sur les possibilités de transposer la doctrine szondienne dans la pratique de la thérapie conjugale.

Toutefois, les apports du test pour la compréhension du lien conjugal nous paraissent assez importants et l'intérêt de nos investigations réside tout d'abord dans l'éclairage de ce lien.

Pour présenter nos observations sur la relation de couple de manière simple et concise, nous avons choisi de recourir à une mise en scène de la vie du couple qui nous servira d’un support métaphorique facilitant la compréhension de l’évolution de la relation conjugale.

Le « jeu » du couple dans la consultation conjugale

Le couple qui vient consulter joue devant le thérapeute des scènes de sa vie qui, répétées plusieurs fois au cours de la vie commune, sont en général assez significatives de la nature du lien établi. Ces scènes évoquent les enjeux de la relation en crise. Chaque acteur tient à se faire entendre du public et n'oublie jamais sa réplique bien apprise depuis longtemps. Constamment, il réajuste son texte pour que le dialogue puisse continuer. La rupture n’est pas envisageable à ce stade de leur vie commune.

Les deux protagonistes, mari et femme, jouent si bien, qu'il est impossible de différencier la part du rôle joué de l'acteur qui le joue. Leur prestation, si parfaite soit-elle aux yeux du public non averti, ne l'est pas à ceux du thérapeute, sollicité comme nouveau metteur en scène.

Quand le couple arrive en thérapie, c'est le signe qu'il faudrait passer à l'acte suivant de la pièce jouée. Mais les nouveaux rôles ne sont pas encore appris et le trac guette les acteurs. C'est à ce moment-là que l'acteur prend de plus en plus de conscience du rôle qu'il joue. C'est en ne sachant pas comment continuer à jouer qu'il commence à s'inquiéter, à se distinguer du rôle. Il peut aussi persister dans son jeu dépassé, craignant l'apprentissage d'un rôle nouveau qu'il risquerait de jouer moins bien. Au pire, on pourrait le remplacer ! Mais ce jeu rigide ne peut pas continuer sans qu'il n'alourdisse l'ensemble de la prestation. Le public et les acteurs ressentent bien que quelque chose devient faux dans le jeu, l'harmonie se perd.

Le nouveau metteur en scène est sollicité alors par la troupe. On lui demande de reprendre le spectacle qui bat des ailes et de proposer une prolongation intéressante. Or il ne peut pas virer tous les acteurs ou changer l'affiche, il doit reprendre là où le metteur en scène précédent a interrompu le jeu. Rappelons le, il s'agit de la suite d’une histoire !

Le Test de Szondi trouve alors sa place dans l'histoire du spectacle. Ses résultats sont une aide précieuse dans la compréhension du jeu mis en place et dans l'organisation de sa suite. Le test permet bien d’identifier le responsable du choix des acteurs et le fameux coupable, qui a mal orchestré la pièce. C'est le tropisme libidinal ! 

Et oui, c'est lui qui a mis en place les règles du jeu et cela sans avertir les principaux acteurs quant aux modalités de leur emploi. Il les a piégés dans une histoire où le contrat les a engagés "pour le meilleur et le pire". Pas de départs imprévus en cours d'engagement sans un prix lourd à payer. Et c'est comme ça que l'attirance amoureuse pose les jalons de la relation, jalons qui sont lisibles à travers les 4 vecteurs pulsionnels.


Drame conjugal

Une mise en scène de la crise d’un couple non marié.

Titre  :  L’amour total.

Lieu : cabinet du thérapeute.

Temps : début du troisième millénaire.

Acteurs : femme de 50 ans, son amant de 46 ans et la thérapeute.

Ouverture 

Aujourd’hui, la thérapeute attend un nouveau couple. Elle se questionne un peu. Quelle sera l’histoire que ce couple lui fera découvrir. Quelle scène de vie les conjoints en crise vont-ils jouer devant elle ? Est-ce que ce sera une première.... ou est-ce qu’il s’agira de la reprise d’une pièce jouée déjà plusieurs fois devant un public ?

Dans quel temps, lieu, contexte social cette pièce s’inscrira-t-elle ? Quels rôles les partenaires jouent-ils ? Y a-t-il d’autres personnages qui jouent des rôles importants dans cette pièce ? Quelles émotions vont accompagner les époux : est-ce la haine, la tristesse, la déception, la jalousie... ou la passion, l’amour. 

Elle connaît quelques détails sur le couple qui va venir.

Lucien et Ginette vivent “together apart”. Tous les deux ont un appartement dans des villages différents au bord du lac Leman. Ginette est maman d’une fillette de 9 ans. Les deux partenaires sont satisfaits dans leur profession. Ils disent avoir une grande complicité pour beaucoup de choses, des intérêts en commun.

Premier acte

Ginette entre la première. Elle porte une belle robe rose violet, elle est petite, ses cheveux sont noirs, quand elle marche... ses pas sont légers... ses yeux noirs brillent et expriment une grande curiosité... un parfum doux et léger se dégage d’elle. Lucien suit son amie. Il est d’une grande stature, assez imposante. Il porte un complet gris foncé, une cravate moderne. Il prend place dans un fauteuil et s’installe confortablement. Son regard traverse toute la pièce.

La thérapeute, elle-même curieuse, demande au couple de bien vouloir exposer le problème qui les a amenés à consulter.

Après un court intermezzo, où chaque partenaire interpelle l’autre : « c’est toi qui commence », «ah non, c’est à toi maintenant », c’est Lucien qui prend la parole et raconte son insatisfaction de leur relation actuelle. Il se sent de plus en plus privé de son temps libre durant lequel il n’arrive plus à faire un minimum de ce qu’il voudrait sans s’attirer des reproches de la part de sa partenaire. Il se définit comme un homme libre dans ses pensées et dans ses actes, il ne peut plus supporter les crises violentes de Ginette.

Peu de temps après, Ginette prend la parole. Elle parle vite et avec une très forte intensité. Pour elle, le véritable amour, ce serait de partager la vie commune. Elle dit d’avoir dû lutter depuis toujours et d’avoir eu beaucoup de responsabilités à sa charge. Elle avait donné tout ce qu’elle pouvait, mais maintenant, enfin, elle aimerait vivre un peu plus tranquille, être épaulée par son partenaire. Elle reproche à Lucien son égoïsme trop prononcé.

Les deux partenaires se disputent très vite et très fort, chacun est très performant dans la défense et dans la justification de ses besoins propres. Lucien défend son besoin d’avoir un territoire à lui, Ginette défend son besoin d’être un peu plus ensemble... pour le meilleur.... et le pire.

Quel est le rôle de la thérapeute dans ce spectacle si animé ? Est-ce qu’elle est spectatrice, arbitre, metteur en scène ? Comment est-ce qu’elle va réagir par la suite?

Après avoir assisté à cette première scène du couple, elle reprend la parole et pose cette question bien connue : racontez - moi le jour où vous vous êtes rencontrés, qu’est-ce qui vous a attiré chez votre partenaire ?

Lucien raconte qu’il a rencontré Ginette dans son travail, dans une bijouterie, lui comme client, elle comme vendeuse et chef de rayon. Il dit qu’il avait trouvé Ginette si péti llante de vie !

Ginette à son tour avait été attirée par le charme de son client et elle était très curieuse de savoir ce qui se cachait derrière son charme !

Après des investigations davantage centrées sur la situation familiale, professionnelle et les ressources de chaque partenaire, la thérapeute essaye d’investiguer la demande du couple.

Tous les deux souhaitent harmoniser leurs différences et divergences pour pouvoir se rejoindre dans la vie commune, sans qu’ils soient obligés de renoncer à leurs bes oins propres.

A la fin de la séance, la thérapeute propose au couple 4 séances de travail avec le test de Szondi qui permet à chaque fois de découvrir un domaine du système pulsionnel : ce qui veut dire déceler les besoins similaires ou discordants de chacun dans les domaines du contact, de la vie sexuelle, de l’affectivité et du Moi. Une première passation du test est proposée à la fin de cette première séance.

Le couple est satisfait de cette proposition.

Premier entracte

Durant cette petite pause, nou s aimerions réfléchir sur ce que nous avons vu dans cette première séance. Concentrons-nous sur l’attirance, la plainte, la collusion et la demande du couple en écoutant comment le couple a exprimé ses raisons du choix de partenaire.

  1. L’attirance :

Ginette : « son charme et ce qui était caché derrière... » .

Lucien : « elle était si pétillante de vie... ». 

2) La plainte :

Lucien : « tu m’étouffes avec ton désir de proximité, avec ta jalousie, ta panique ».

Ginette : « tu te retires quand j’ai besoin de toi, et si tu te retires, mes besoins deviennent encore plus forts ».

3) La collusion :

Lucien : « plus tu désires ma proximité, plus je me retire ».

Ginette: « plus tu te retires, plus je panique et plus j’ai besoin de proximité ».

4) La demande :

Tous deux souhaitent harmoniser leurs différences et divergences pour pouvoir se rejoindre dans la vie commune, sans qu’ils soient obligés de renoncer à leurs besoins propres.

Cette demande du couple est entièrement paradoxale, mais ses contradictions internes ne sont évidentes que pour la thérapeute. Ainsi, le premier regard sur ce couple nous dévoile des besoins plus conscients, manifestes qui aident à comprendre en partie leur crise.

Questions:

1) Comment les deux partenaires peuvent-ils prendre conscience de leurs besoins propres (inconscients), besoins dont l’insatisfaction les a menée à cette crise ?

2) Comment leur faire comprendre le lien existant entre la “scène” qu’ils jouent actuellement et leurs souvenirs respectifs de leur relation primaire ?

3) Comm ent le couple peut-il évoluer dans sa relation pour que celle-ci devienne moins contrainte, plus libre ?

Deuxième acte

Ginette et Lucien arrivent souriants, tous les deux sont fort intéressés par les résultats du test.

Au lieu de se faire des reproches, i ls se sentent interpellés par ce qu’ils sont en train de découvrir.

Résultats du Test de Szondi. Les besoins contactuels.

Nous avons suivi la proposition de lecture du vecteur C que Ph. Lekeuche et J. Mélon proposent dans « Dialectique des pulsions ». Le vecteur C correspond à un couple de verbes désignant le type de mouvement : aller – venir.

Respectivement, le besoin (m+) signifie pour le sujet: j’ai besoin qu’on s’occupe de moi.

Le besoin ( d-) signifie: je m’en vais d’ici (je retire mon investissement vers l’extérieur, je m’exile en moi-même).


L’accentuation de (m+!) dans les profils des deux conjoints nous montre que ce besoin est très chargé chez eux, plus encore chez Ginette. Cela nous indique
que chaque partenaire a peur de l’abandon .

La thérapeute vérifie auprès du couple comment ressentent-ils, à leur manière, les besoins contenu dans le vecteur du contact. Après avoir expliqué la signification des besoins m et d, elle demande à Ginette, en utilisant la méthode du questionnement circulaire, ce q u’elle pense que Lucien a pu choisir et vice-versa.

Ginette pense que Lucien a choisi le (d+) et (m-) : (d+) il faut que je déménage, (m-) je n’ai plus besoin de rien ni de personne.

Lucien pense, que Ginette a choisi le (d-) et (m+). Contrairement à Ginette, Lucien a donné la proposition correcte du choix supposé de sa partenaire.

Le travail similaire sur les quatre domaines a permis d’écrire cette « pièce » pour Ginette et Lucien :

Un jour Ginette se dit : «  Moi aussi, j’ai besoin qu’on s’occupe de moi... (m+), et je ne supporte plus les égoïstes (e-) (sous-entendu je ne suis pas une égoïste, ce sont les autres) et il me faut absolument quelqu’un, et je vais le chercher (s+)... mais, le monde est mal fait… (p-), il faut se méfier, et en plus j’ai un doute( k±) ... est-ce que je me consacre plutôt à moi-même ? Est-ce que je fais une croix sur le passé ou non ? »

Elle rencontre Lucien qui, comme elle, était à la recherche de quelqu’un qui s’occuperait de lui... (m+) avec cette forte conviction et l’idée, de vouloir avoir et recevoir tout... quand il le veut, (k+).

Deuxième entracte

Nous quittons la scène du théâtre pour explorer ce qui se passe derrière le rideau.

Que montrent-nous les résultats du test ?

Si nous reprenons la demande du couple  « harmoniser leurs différences et divergences pour pouvoir se rejoindre dans la vie commune, sans qu’ils soient obligés de renoncer à leurs besoins propres  » et si nous comparons cette demande avec les besoins révélés par le test, nous constatons, que même si les similitudes sont nombreuses à l’avant plan, les différences apparaissent aussi.

Quel éclairage apporte-nous la lecture de l’arrière-plan empirique du tableau pulsionnel?

Luci en montre une forte aspiration d’élargissement, de toute puissance, avec toutefois un certain “frein”, le (k-).

Ginette investit exclusivement le besoin paranoïaque dans sa charge plutôt positive qui aspire à être tout... aussi pour l’autre.

Les deux conjo ints expriment par l’intermédiaire du test un grand besoin d’avoir des idéaux. Dans leur couple, ils aimeraient aller “au-delà” d’une relation ordinaire, et cela malgré les contraintes de la vie de tous les jours.

Or, l’avant-plan nous montre la défense de chacun contre ce besoin d’inflation du partenaire. Ginette montre une défense d’ordre obsessionnel qui l’aide à reprendre la projection. Lucien a aussi une défense obsessionnelle et, avec le (k+), l’introjection totale.

Quand ils n’arrivent plus à at teindre leur but vient la grande crise qui se manifeste par la panique chez Ginette et par la fuite chez Lucien.

Hypothèse de la thérapeute : le travail thérapeutique devrait permettre à ce couple de faire le deuil de son idéal de couple. Ce travail les aiderait à percevoir et à accepter l’autre tel qu’il est, avec sa différence. Et en plus, si Ginette et Lucien veulent réaliser une « harmonisation.... » tous les deux seront obligés d’apprendre à renoncer, de temps en temps, à un besoin propre (k-). Autrement, ils resteront figés dans une lutte de pouvoir symétrique.

Troisième acte

 

Nous allons revoir Ginette et Lucien durant la 9 ème séance de la thérapie. Après les 4 séances que la thérapeute leur a proposées au départ, Ginette et Lucien ont souhaité de s’investir davantage dans leur thérapie de couple. Le travail portait alors sur les génogrammes, sur le besoin d’espace vital de chaque partenaire, et sur ce que signifie « être un homme » et « être une femme » dans leur relation. Le but du travail visait la reconnaissance de la différence.

Lors de cette 9 ème séance, le couple raconte les vacances passées ensemble... comme une vraie famille, avec la fille de Ginette. Ils étaient contents d’avoir réussi à vivre sans crise depuis quelques semaines. Malheureusement, tous les conflits n’ont pas disparu, et ils arrivent très choqués de se retrouver, encore une fois, dans la même situation de crise. Et pour cause…. Lucien a changé son programme du week-end sans le dire à Ginette. Alors, Ginette s’est sentie abandonnée, trahie par son partenaire.

La relation était de nouveau remise en question. Tous les deux ont pris un peu de distance, chacun restait dans sa demeure. (Ils habitaient toujours séparément).

Tous les deux cherchaient chez la thérapeute une aide à comprendre leur manière de percevoir et d’agir dans cette situation. La thérapeute leur propose alors de faire un travail sur le deuil de leur couple idéalisé. Le deuil des leurs attentes trop exigeantes par rapport au partenaire qui n’arrive pas à les satisfaire toujours à cent pour cent.

Ginette pleure du fond du cœur en disant oui pour ce travail ; Lucien dit oui, avec sérénité.

Fin de la séance


Conclusions

Nos observations testologiques et cliniques des couples nous ont amenées à proposer quelques considérations sur la signification des configurations pulsionnelles fréquentes observées chez les partenaires des couples et sur les apports du test de Szondi dans la consultation conjugale.

  • Signification des ressemblances - vecteurs C et P.

Les réactions concordantes mettent en lumière l'existence d'un taux minimal de ressemblances pulsionnelles nécessaire entre les futurs partenaires pour que la relation puisse s’établir. La séduction, guidée par l’attraction tropique, ne peut avoir lieu qu’entre des personnes qui sont porteuses des certains besoins pulsionnels communs, notamment dans le domaine du contact (C) et dans la façon d’intégrer les règles éthico-morales imposées par la vie sociale (P).

L'être humain établit une relation amoureuse plus « collante » ou plus « distante » selon la charge du facteur m. Il exige de son partenaire des témoignages d’une fidélité maximale ou il peut se montrer plus souple dans la manière de vivre le lien amoureux satisfaisant, et ceci selon la charge du facteur d.

La charge des facteurs e et hy des partenaires régule la circulation des affects. L’union libre ou socialement codifiée en porte les marques. Les affectes influencent la manière dont le couple vit des situations conflictuelles, aussi bien d’origine interne qu’externe à la relation. Ainsi, la colère ou la bonté des partenaires est plus au moins exprimée, cachée ou carrément étouffée.

  • Signification des complémentarités - vecteur S et Sch

Les réactions complémentaires concrétisent le choix du partenaire en une union durable dans laquelle les mécanismes psychiques d’attachement et de défense prennent le dessus sur la séduction initiale. Les liens amoureux deviennent ainsi de vrais liens au sens propre. L'enjeu de la relation se trouverait là! Ces réactions complémentaires reflètent aussi bien des tendances manifestes que latentes.

D'une part, le moteur du lien est amorcé par l’intimité conjugale qui prend une forme spécifique selon la charge des besoins de tendresse h et d’activité s ; d'autre part, le moteur du lien est ancré dans la différence entre les positions identitaires latentes complémentaires des besoins k et p. La confrontation durable avec l'autre influence l'évolution individuelle et facilite ainsi le travail nécessaire à la satisfaction des besoins du Moi.

L’analyse des choix testologiques du vecteur Sch des partenaires met en évidence le rôle des tendances latentes, non perceptibles au niveau comportemental direct, qui seraient les plus actives dans la motivation du choix amoureux. L’avant-plan des deux partenaires paraît souvent similaire et c’est seulement l'analyse des positions à l’arrière-plan qui permet d’éclairer l’enjeu de la relation.

L’un des partenaires apparaît en général assez bien adapté à la réalité, assez stable dans ses choix, avec la présence fréquente de la négation du besoin k. Il a pour partenaire quelqu’un de moins stabilisé pulsionnellement, souvent plus inflatif, plus vulnérable face aux exigences de la vie. L’arrière-plan apporte l’explication possible des liens relationnels entre ces personnes. On constate fréquemment des défenses bien moins solides chez le plus « fort » et, au contraire, un arrière-plan bien plus organisé chez le « vulnérable ». Les deux se complètent par les échanges relationnels réciproques qui leur sont favorables et qui arrivent à combler leurs manques et leurs aspirations pulsionnels. L'apparence déséquilibrée de nombreux couples où l'un est plus dominant que l’autre s'avère être une relation dans laquelle le dominé influence bien plus la vie du couple que ce que les apparences pourraient faire croire. Les deux partenaires se sentent sécurisés et obtiennent beaucoup de satisfaction des rôles joués.

  • Quelles sont les qualités des liens libidotropes?

En tenant compte de la fréquente configuration dialectique entre les similitudes et les complémentarités pulsionnelles des partenaires, nous proposons de mettre en avant les qualités suivantes des liens libidotropes:

  1. ils participent à la satisfaction des besoins personnels de tendresse ;

  2. ils participent au processus de l'individuation de chacun de par l'acceptation de la différence de l’autre ;

  3. ils exercent une protection contre les vulnérabilités pulsionnelles de chacun .

  • Les deux théories du choix de partenaire en amour – selon la ressemblance et la différence entre le partenaires - sont-elles exclusives ?

Les dictons populaires nous disent que « qui se ressemble, il s’assemble » et que « les contraires s’attirent ». On retrouve l’essence du contenu de ces dictons dans les deux théories du choix en amour relevées par la psychanalyse freudienne. La théorie du choix narcissique correspondrait aux ressemblances mentionnées, et la théorie du choix anaclitique correspondrait aux complémentarités.

A partir de l’analyse des résultats du test des partenaires nous sommes amenés à penser que les deux tendances coexistent de manière parallèle au sein d’un couple. Leur coexistence participe probablement déjà à la formation du couple.

  • Les apports du test de Szondi dans la thérapie de couple.

Les profits observés de la mise en œuvre du test durant la consultation conjugale sont les suivants :

  • une aide dans la structuration des séances,

  • une meilleure compréhension de la structure pulsionnelle des partenaires,

  • un éclairage de la dynamique conjugale qui se développe autour des besoins similaires et complémentaires,

  • un apport des éléments nouveaux qui facilitent la sortie de la collusion conjugale figée,

  • un bien être dans le travail thérapeutique.

© 1996-2002 Leo Berlips, JP Berlips & Jens Berlips, Slavick Shibayev