L. Szondi


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La contribution du Szondi à l'Ethnopsychologie

Jean Mélon et Martine Stassart

Dès les premières lignes de la première édition de son "Traité du diagnostic expérimental des pulsions", SZONDI s'est montré conscient de l'extrême difficulté d'établir un "système des pulsions" qui serait universellement valable, affranchi notamment des préjugés philosophiques de son auteur et de "l'esprit du temps " (Zeitgeist) que tout un chacun subit inconsciemment et dont il participe presque nécessairement. Produire un système pulsionnel qui englobe la totalité de la vie pulsionnelle, considérée comme un invariant transindividuel, en articulant tous ses éléments constitutifs - les "pulsions partielles" - tout en assignant à ceux-ci leur détermination, leur place et leur limite exactes, voilà qui paraît déjà follement ambitieux. SZONDI ne l'a jamais ignoré. Aller plus loin encore, construire un test qui, basé sur ce "schéma pulsionnel" présumé totalisant, serait à même de mettre en lumière la structure et le fonctionnement pulsionnel global d'un sujet quel qu'il soit, sur la base d'un choix de 48 photos réparties en deux groupes, sympathiques et antipathiques, voilà qui paraît encore plus insensé. Et pourtant, contre toute attente, ça marche!

Si SZONDI a privilégié de bout en bout le déterminisme génético-héréditaire et constitutionnel, il n'a jamais ignoré les autres déterminants, psychiques, historiques, familiaux, sociaux, culturels et notamment ceux qui relèvent du "Geist", ce que le français traduit par "esprit" mais qui en allemand a une résonance autrement puissante.

SZONDI ne s'est jamais expliqué sur la manière dont il a construit son test. Il disposait certes dès le départ de ses huit facteurs regroupés en quatre vecteurs, correspondant chacun à des catégories pulsionnelles qui se transformeront insensiblement en catégories existentielles - ou en "existentiaux" qui sont aussi bien des "universaux", pour reprendre les termes de la philosophie scolastique - , mais il fallait leur donner un "visage", c'est le cas de le dire. Comment s'y est-il pris pour aboutir finalement à cette galerie de 48 photos présumées représenter la totalité du genre humain? SZONDI n'a pas travaillé seul. Ils étaient une dizaine , dont Susan DERI, à jouer avec des centaines de photos et à se demander dans quelle urne (h,s,e,hy,k,p,d ou m?) déposer telle ou telle. SZONDI n'a jamais nié qu'en définitive, c'est lui qui décidait et qu'en dernier recours, il ne se fiait plus qu'à son intuition.

Il y a donc au départ un mélange inextricable d'intuition et d'empirie. Pour preuve du fait qu'il accordait un grand prix au déterminant socioculturel, SZONDI aurait commencé par inventer fictivement le profil de l'"homme de la rue ou du quotidien" (Alltagsmensch) - c'est du moins ce qu'il a laissé entendre mais on ne pouvait pas savoir si c'était une farce tant il aimait raconter des histoires - dont les représentants élus par lui, furent ..... les ouvriers de la voirie de Budapest. Ce profil fictif était approximativement le suivant: h+ s+ e- hy- k- p- d+m+. On testa donc tous ces braves gens censés être normaux, c'est-à-dire relevant du "vulgum pecus", avec des échantillons de photos variés pour finir par obtenir l'échantillon qui correspondait le mieux au profil fictif. Pour la petite histoire, on retiendra que le profil presque exactement inverse de celui de l'homme de la rue, et qui allait devenir le profil de la sublimation : h- s- e+ hy - k+ p+ d- m+, fut d'abord trouvé chez les proches collaborateurs de SZONDI et plus spécialement chez les jeunes étudiantes en psychologie qui épousaient son enthousiasme. Fallait-il être "sublimé" en effet, pour consacrer toute son ardeur juvénile à un projet aussi peu rentable!

Restait à savoir si la série retenue par SZONDI était valable pour n'importe quelle population, quelle que soit son origine ethnique. Beaucoup font remarquer d'emblée que ces photos sont inactuelles. A quoi SZONDI répondait que c'était voulu. Aucune photo ne devait être trop typée. Mais le test pouvait-il s'appliquer à d'autres populations que la population européenne puisque les photos étaient toutes des photos de sujets européens? Il était impossible de répondre à cette question. Seule l'expérimentation pouvait apporter des arguments en faveur ou non de la validité du test en fonction des diverses populations.

Nous disposons aujourd'hui de suffisamment d'éléments pour admettre valablement et légitimement, que le test est applicable à n'importe quelle population. Mais ce qui est , du point de vue scientifique, beaucoup plus important, est le fait que les résultats expérimentaux obtenus grâce au test de Szondi permettent de faire apparaître les diverses formes ou structures de fonctionnement psychopulsionnel en fonction des différentes cultures et sous-cultures, démontrant par le fait même l'énorme impact du culturel, et du Kulturgeist, sur la structuration psychique de l'individu.

Le résultat le plus frappant est le fait que dans les cultures dites primitives, le profil pulsionnel global est uniforme, avec de faibles variations individuelles, tandis que dans l'aire occidentale, le polymorphisme structurel est la règle avec un large éventail de types de personnalité. Il y a bien longtemps que de nombreux anthropologues avaient attiré l'attention sur cet unanimisme culturel qui était censé produire un type d'individu unique. Emile DURKHEIM y voyait une qualité précieuse, garante du consensus social et rempart contre l'anomie dissolvante. On sait depuis que le monomorphisme en matière de personnalité ne protège en rien une culture contre sa disparition. Par contre, c'est en tout cas notre opinion, il y a des cultures comme la nôtre qui, parce qu'elles favorisent ou permettent le polymorphisme, permettent aussi qu'un grand éventail de pathologies psychiques, voire l'éventail complet de celles-ci, puisse se développer, tandis que la plupart des autres cultures s'organisent inconsciemment pour empêcher l'éclosion de certains troubles. Il est probable que l'hystérie est la pathologie la mieux partagée au monde mais ce n'est certainement pas le cas pour les psychopathies, les perversions, la mélancolie, la névrose obsessionnelle, la schizophrénie etc...Finalement, c'est ce qui pourrait rendre compte du fait que le test de Szondi "marche", et qu'il marche partout, précisément parce que les photos sont des photos d'européens, et que c'est le "privilège" de la civilisation européenne d'avoir été à même, en assurant la promotion du sujet "individuel", de créer les conditions favorables à l'éclosion de "toutes" les pathologies psychopulsionnelles possibles. Comme témoin de l'intérêt que portait SZONDI à ces questions, nous traduisons ci-après le chapitre de la deuxième édition du Traité, intitulé: "Die Anwendung des Testes in der Ethnologie und Ethnopsychologie".fn 1

"Lors de la première édition du "Traité du diagnostic expérimental des Pulsions", en 1947, j'ai conclu mon livre sur la phrase suivante: " Si quelqu'un pouvait recueillir les tests de sujets que nous nommons "sauvages" ou "primitifs", nous serions peut-être amenés à réviser bien des opinions et des croyances ou préjugés dans le domaine de l'ethnopsychologie. Je pense que si on avait l'occasion de comparer la vie pulsionnelle des "sauvages" avec celle des "civilisés", on serait probablement étonné de constater que les soi-disants "sauvages" ne sont pas plus sauvages que les soi-disants "civilisés".

Depuis lors, grâce à l'initiative du Docteur PERCY, médecin-chef à l'Hopital Albert Schweitzer de Lambarene au Gabon, nous avons eu la chance de recueillir les tests de 136 sujets sains originaires de la brousse. Ces sujets ont été testés à l'hopital lorsqu'ils venaient rendre visite à des parents hospitalisés. Ils appartiennent à diverses tribus: Fang, Galoa, Akele, Massango, N'komi, Eshira et quelques autres issus des territoires de l'Afrique Equatoriale Française.

Une étude exhaustive de la structure pulsionnelle de ces sujets n'a pas encore été entreprise. Nous nous contentons ici de rapporter quelques résultats frappants pour démontrer l'intérêt du test en Ethnopsychologie. Parmi nos 136 sujets, nous avons choisi 95 tests avec 10 profils, 1 avec 8 profils et 4 avec 6 profils. Nous avons éliminé un sujet connu pour être ouvertement psychotique et les 35 sujets pour lesquels nous avions moins de 6 profils de sorte que nos résultats concernent 100 cas, dont 50 hommes et 50 femmes. L'âge des sujets masculins se situe entre 15 et 60 ans, celui des femmes entre 15 et 50. Seuls trois hommes et deux femmes appartiennent à la tranche d'âge située entre 65 et 70 ans. Nous disposons donc en tout de 982 profils.

Le tableau suivant recense les tensions factorielles pour l'ensemble de ces 982 profils:

Rang 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16

Facteurs h+! p-! m-! s-! d+! hy+! e-! d-! hy-! s+! k-! k+! e+! p+! m+! h-!

Tension(!) 1161 266 170 117 72 40 30 15 12 11 11 8 5 4 2 0

On voit que le besoin d'amour et de tendresse (h+!) est démesurément tendu. Une pareille tension, nous ne l'avons jamais rencontrée nulle part ailleurs. Il y a deux manières de l'interpréter. Ou bien on admet que c'est une caractéristique raciale et pour ainsi dire congénitale. En raison même de son intensité, le besoin d'amour ne saurait trouver sa satisfaction. Ou bien on considère que c'est l'organisation familiale, le type d'éducation matriarcale et les règles de parenté classificatoire qui font en sorte que très tôt les voies de la satisfaction des aspirations tendres sont barrées. Pour obtenir une réponse décisive à cette question , il faudrait comparer la population africaine à d'autres populations primitivesfn 2. Mais il y a deux autres données, celles que nous commentons plus loin concernant p-! et m-!, qui donnent à penser que l'énorme insatisfaction dans la vie amoureuse trouve d'abord son explication dans la structure sociale de la famille régie à la fois par le droit matriarcal et le culte de l'Ancêtre, ensuite dans le tabou de l'inceste intraclanique qui limite fortement la liberté du choix amoureux .

Nous pouvons voir que la tension dans le domaine de la projection (p-!) occupe le deuxième rang en ordre d'importance. Dans la "Ich-Analyse" (page 524), nous avons interprété ce fait dans le sens d'une augmentation, chez les primitifs, du besoin de participation, lequel se manifeste à travers la communion religieuse avec les ancêtres totémiques, la solidarité tribale et la parenté classificatoire. Le profil du moi le plus fréquemment rencontré chez les primitifs est le profil du moi archaïque participatif dominé par le projection primaire. Un tel profil du moi (Sch o-!, o-!!, o-!!!) ne se rencontre jamais chez les Européens, sauf chez les petits enfants et chez les schizophrènes paranoïdes. Cette configuration du moi peut être mise en rapport avec le mode de penser prélogique-occultiste. La fixation au stade primaire de la participation projective doit être mise, comme l'exacerbation du besoin d'amour et de tendresse, au compte de l'environnement social et de l'éducation .

Cette opinion est tout particulièrement renforcée si on considère que la tension dans le rejet du lien à la mère (m-!) occupe le troisième rang. Ce que j'appelle la position séparatrice ( das sogennante Abtrennungsbild: C + - ) se retrouve avec une extrême fréquence chez les noirs de la brousse ( 30%).

Au quatrième rang, on trouve la réaction s-!, c'est-à-dire la tendance à la passivité, au retournement de l'agression contre soi, à l'abandon de soi (Hingabe), et ceci plus particulièrement chez les hommes adultes. Ceci remet en question les préjugés concernant la "sauvagerie" des primitifs. Eu égard à ce préjugé, on se serait attendu à ce que la plus grande tension soit rencontrée dans le domaine de l'agressivité et du sadisme (s+). Or les données du test montrent le contraire : 11! pour l'agressivité contre 117! pour l'abandon de soi, la passivité et le retournement de l'agresssion contre la personne propre. Nous sommes donc amenés à penser que cette aptitude au sacrifice de soi-même (s-!) ne se transforme dans son contraire (s+!) qu'en certaines circonstances comme dans les temps de guerre: alors le sadique réprimé de l'arrière-plan théorique ( der agressive Hintergänger ) surgit à l'avant-plan.

La légitimation de ces résultats se fonde, du point de vue de la psychologie des pulsions et du moi, sur le lien de corrélation bien connu entre l'exigence de tendresse (h+!), le besoin de participation (p-!) et d'abandon de soi (s-!), tout particulièrement là et lorsque le sujet a été soumis à une séparation précoce (m-!). Le lien très étroit entre les accentuations spécifiques de ces quatre exigences pulsionnelles retrouvé chez presque tous les sujets plaide contre l'opinion de ceux qui pensent que le test ne convient pas pour cette population. Nous avons retrouvé cette constellation pulsionnelle avec une fréquence si élevée qu'il n'est pas possible de penser que ces résultats ne valent rien."

Un peu plus haut dans son livre (pp. 383-389), SZONDI compare les résultats de ses enquêtes statistiques sur la population hongroise avec l'enquête de Federico SOTO-YARRITU sur la population navarraise de la région de Pampelune. Sauf en ce qui concerne le vecteur C, on ne relève pas de différence dès lors qu'on étudie la fréquence des différentes réactions vectorielles sur de grands échantillons. Il y aurait donc une relative homogénéité des grandes organisations de tendances pulsionnelles dans l'aire de culture européenne.Par contre le profil des Africains est radicalement différent et beaucoup plus stéréotypé. On arrive inévitablement à cette conclusion troublante:

" Ce qui chez les Européens évoque presque à coup sûr un diagnostic de schizophrénie paranoïde avec délire de persécution, soit p-!! associé à un clivage diagonal + - dans les autres vecteurs, ne peut pas recevoir la même interprétation chez les primitifs où une telle configuration doit s'interpréter dans le sens d'une forme de participation religieuse et nullement dans un sens pathologique."

Deux exemples sont proposés, celui d'un schizophrène paranoïde de 44 ans interné à l'hopital psychiatrique de Solothurn, ensuite celui d'un Africain de 25 ans ( page 387):


"Que nous enseigne cet exemple? Il nous avertit que nous n'avons pas le droit d'interpréter une réaction factorielle ou vectorielle si nous n'avons pas des données suffisantes concernant la fréquence de cette réaction dans la population générale à laquelle le sujet appartient".

Cette remarque témoigne certes d'une grande honnêteté intellectuelle mais elle risque d'invalider sérieusement la valeur de l'outil diagnostique que constitue le test de Szondi si à tous les coups l'interprétation doit être relativisée en fonction de l'appartenance du sujet à une classe d'âge, sociale, culturelle, ethnique etc...

Notre opinion est que, conformément à une des thèses centrales de l'oeuvre de FREUD, la mise en évidence de fonctions, de mécanismes ou de positions psychopulsionnelles, ne permet jamais de préjuger de leur caractère normal ou pathologique même en présence de facteurs d'ordre quantitatif impressionnant. Il n'y a jamais que des présomptions. Par contre, pour ce qui concerne le repérage des structures, des organisations de compromis, des modes de fonctionnement etc..., les données du test sont en principe toujours valables. Au moins donnent-elles à penser. Le grand mérite du test de Szondi, c'est à nos yeux qu'il soulève des questions pertinentes davantage qu'il n'apporte de réponses "malheureuses" - "La réponse est le malheur de la question", comme l'a écrit Maurice BLANCHOT dans "L'Entretien infini"fn 4 - dans le sens où elles ferment les possibilités de dialogue.

La structure du moi "primitif" peut trouver un éclairage utile à la lumière de la théorie kleinienne du fonctionnement psychique.

On sait que Mélanie KLEIN confère un poids particulier au second dualisme pulsionnel de FREUD ( Eros-Thanatos ) et au mécanisme de clivage en tant qu'il aboutit à distinguer radicalement le bon ( objet ) du mauvais, premiers représentants-représentations des pulsions érotiques et thanatiques comprises dans le sens strict de l'acception freudienne: est érotique ce qui lie, unit et rassemble, est thanatique ce qui sépare, détruit et morcelle.

Mélanie KLEIN prolonge et enrichit les développements de la pensée freudienne inaugurés avec l'introduction de la pulsion de mort dans "Au-delà du principe de plaisir".

Nous laisserons de côté les controverses doctrinales concernant le moment d'émergence de la désintrication pulsionnelle que FREUD fait coïncider avec l'avènement du moi tandis que KLEIN pose l'une et l'autre comme originaires et d'emblée opérants.

Un point important à préciser d'entrée de jeu est la signification qu'on attribue aux notions de bon et de mauvais.

L'opposition bon-mauvais est souvent confondue avec l'opposition plaisant-déplaisant. Or ce n'est pas de cela qu'il s'agit, auquel cas on se retrouverait dans le cadre du fonctionnement conforme au principe de plaisir, dont l'entrée en jeu est postérieure du point de vue ontogénétique. Ce qui est premier, c'est l'automatisme de repétition, associé par FREUD à la prévalence de la pulsion de mort - évacuation de toute excitation produite par le vivant, de tout bruit émis par Eros, retour à l'immobilité et au silence - qui vise à l'instauration du principe de constance. Ce qui doit être éliminé plutôt que régulé - la régulation, ou la modulation, appartient au principe de plaisir - c'est l'excitation qui dérange le "silence des organes" et qui ne peut que faire mal.

Bon - good en anglais, gut en allemand - chez Mélanie KLEIN, veut dire bienfaisant ou bénéfique, mauvais - bad en anglais, bös en allemand - veut dire "méchant", malfaisant, maléfique. L'opposition bon-mauvais est donc essentiellement sous-tendue et traversée par l'idée de haine destructrice, et c'est bien là-dessus que Mélanie KLEIN met fortement l'accent quand elle affirme que la tâche primordiale de l'appareil psychique, ou du moi, consiste à traiter la destructivité sadique primairefn 5 .

Projection et clivage sont les deux mécanismes principaux qui sont mis en oeuvre à cet effet. Ensemble, par leur importance à ce stade, ils caractérisent la position schizo-paranoïde.

La transposition de la conception kleinienne du moi archaïque dans le système szondien se réalise pour ainsi dire d'elle-même, la position p- ( projection participative ) accueillant la position paranoïde tandis que k+ ( introjection ) recueille la position schizoïde.

La compréhension réciproque des conceptions szondienne et kleinienne relatives au fonctionnement du moi primaire, contribue à leur enrichissement mutuel.

Ce que SZONDI aide notamment à comprendre, c'est que la "participation adualiste" constitue la condition de possibilité de la projection et de l'introjection.

Là où la position "participative" - versus "inflative" - est la position dominante du moi, projection et introjection fonctionnent de conserve, contribuant ainsi à renforcer la participation elle-même.

Or la participation est la position la plus investie, et même la seule vraiment investie, aussi bien - mais sur des modes très différents - par le petit enfant que par le "primitif"fn 6 chez qui elle sous-tend le système des croyances mystico-animistes qui justifient l'adhésion aux pratiques magico-fétichistes.

L'avancée de la position "réaliste" (k-) est ce qui limite les pouvoirs de la pensée magique.

Cette position "réaliste" reste toutefois grosse de ce qu'elle nie, c'est-à-dire le pouvoir de la pensée magique puisqu'elle ne fait le plus souvent que transférer au compte de la négation ( die Verneinung ) le pouvoir initialement dévolu à l'affirmation ( die Bejahung ), réalisant le triomphe de ce que Jürgen HABERMAS a nommé " La technique et la science comme idéologie".fn 7

Avec la négation, l'idéologie relaie la foi, la toute-puissance technico-scientifique se substitue à la toute-puissance magique; le verbe, au lieu de faire advenir poétiquement et métaphoriquement les choses, les fait disparaître métonymiquement sous l'épaisse couche des discours savants.

"Ah! la science, disait François JACQMINfn 8, la prétention de vouloir redoubler le monde!".

Le monde et les choses sont remplacés par des "objets" et l'on oublie ce que disait le vieux KANT:" J'ai limité les ambitions de la raison pour préserver les prérogatives de la foi."

De la même manière qu'introjection et projection se confortent mutuellement en même temps qu'elles affermissent la position participative, négation et inflation se donnent la main pour consolider la position individualis(an)te-inflative.

Les enquêtes szondiennes sur le terrain montrent à l'évidence que la position magico-animiste ( Sch o -, + - ) continue de caractériser massivement les populations africaine et amérindienne. Ici, l'avancée de la négation ( k - ), surtout par l'introduction de la rationalité techniciste, ne paraît pas contribuer à l'essor d'un mouvement d'individualisation mais semble susciter au contraire un renforcement de la participation projective ( p-!) et des autres positions associées chez les "primitifs" - h+!, e-!, d+!, m-! - si l'on en juge par leur plus grande pregnance chez les sujets dits "acculturés", comme il apparaît dans la recherche de Brigitte HERMAN.

Par contre, dans la population européenne, il semble que la position rationaliste- individualiste ( Sch -+, -o ) continue de gagner du terrain, comme semble le montrer la recherche d'Anne POCHET .

La comparaison entre les théories de Mélanie KLEIN et de Léopold SZONDI, par quoi nous avons introduit notre propos, nous amène à revenir sur les questions de l'introprojection participative ( Sch + - ) et de la "néginflation" individualis(an)te ( Sch - + ) comme processus identificatoires majeurs, et "refoulés", chacun respectivement, par l'homme occidental et par le "primitif".

L'activation de la position introprojective participative est parfaitement illustrée par les rites initiatiques et thérapeutiques. L'exemple de la cure Mbwoolu, que rapporte et commente lumineusement Renaat DEVISCH, montre très bien qu'une pareille cure est impensable sans l'étai d'un système de croyances unanimement partagées par le sorcier thérapeute, le malade et le groupe, ce que Claude LEVI-STRAUSS avait rappelé dans un article célèbre.fn 9

Les "esprits", comme le montre très bien DEVISCH, incarnent d'abord le "mauvais-destructeur", support-contenant d'une projection qui permet d'extérioriser le maléfique dans un premier temps, identifiant ce maléfique par l'opération même de la projection - c'est l'identification projective au sens fort - et de se réapproprier sa puissance dans un temps second, par l'action du "retournement homéopathique" en quoi consiste l'introjection elle-même.

Nous voulons dire par là que l'introjection ne se réduit pas à un transfert qui fait passer quelque chose de l'extérieur vers l'intérieur mais qu'elle implique en outre une transformation qualitative de la pulsion telle que son caractère foncièrement destructeur et toxique s'en trouve modifié de sorte qu'elle en devient bénéfique.

Une pareille métabolisation ne peut se réaliser, comme on s'en rend compte ici, que sur fond de participation projective, le thérapeute jouant en l'occurence un rôle analogue à celui de la bonne mère kleinienne qui détoxique les effets de la pulsion de mort, grâce à la médiation de ses paroles incantatoires à valence exclusivement métaphorique, de sa pharmacopée garante d'un savoir empirique, et des figurines cultuelles, ce que nous appelons des "fétiches", et qui sont les supports privilégiés du retournement homéopathique indispensable à l'introjection qui guérit.

On trouve là le modèle ad hoc d'une identification introprojective.

Notons au passage l'analogie à faire entre le retournement homéopathique et la jouissance perverse - les deux phénomènes étant rapportables à la fonction k+ - , en ce sens que dans les deux cas, la reviviscence de l'expérience traumatique de la destruction du moi et du corps propre devient la condition du sursaut salvateur, le sujet, en passe d'être détruit, s'appropriant magiquement, en s'appuyant sur le fétiche, le pouvoir de triompher de la menace.

Nous avons pris l'habitude de considérer que si k+ correspond à la position perverse fétichiste, k- est la position typiquement névrotique.

Quand FREUD énonce sa formule célèbre:" La névrose est pour ainsi dire le négatif ( das Négatief ) de la perversion", il indique très clairement, à travers la métaphore photographique, que si on déchiffre bien le discours névrotique, on voit apparaître, se "développer" une scène, un fantasme qui se révèle correspondre en dernière analyse, à un scenario pervers.

La négation - ou le refoulement - du fantasme comme "autre scène" tend à remplacer une toute puissance par une autre, comme nous l'avons suggéré plus haut.

Le pervers, en usant du fétiche ou d'un scenario qui équivaut à celui-ci, met en acte un fantasme qui ravive simultanément la menace d'une castration possible dans le réel et le désaveu ( Verleugnung ) du fait qu'il croit à cette possibilité. Adhérer à la croyance dans la castration comme théorie explicative de la différence des sexes équivaut à embrasser la religion du Père imaginaire tout puissant des origines; désavouer cette croyance revient à renier - c'est le sens premier de Verleugnen - cette "religion", ce qui fait du pervers un renégat.

Le névrosé n'y croit plus mais, du fait que le refoulement n'abolit pas le retour du refoulé, il continue de se comporter, inconsciemment, comme s'il y croyait encore.

Le sujet idéalement normal est celui qui est parvenu à remplacer le Père imaginaire par le Père mort symbolique. On ne croit plus à Saint-Nicolas mais on ne voudrait pas que le 6 décembre fût un jour comme un autre.

Dans l'univers qui est le sien, marqué au sceau du handicap sexuel, le névrosé tente de récupérer ailleurs la toute puissance perdue au plan de l'imaginaire corporel. La toute puissance est transférée du Moi idéal ( moi corporel = k+ = Habmacht ) à l'Idéal du moi ( moi psychique spirituel = p+ = Seinsmacht ) dont FREUD a dit très justement qu' " il représente ce que le sujet projette en avant de lui comme le substitut du narcissisme perdu de son enfance".

Le clivage Sch + - / Sch - + est ce qui alimente le dualisme cartésien entre le corps et l'esprit avec l'illusion que ce dernier est supérieur au corps et assure un pouvoir sur lui, ce que dément précisément l'exemple névrotique où le corps échappe à la maîtrise du moi.

Le "Cogito ergo sum" vient bien à point pour illustrer la position du moi moderne qui s'identifie "inflativement" à sa pensée - le paranoïaque est notamment celui qui ne doute pas de la vérité de ce qu'il pense et qui se définit par sa seule pensée - , répudiant à l'instar de DESCARTES toutes les croyances comme étant frappées de débilité du fait qu'elles relèvent de "l'esprit d'enfance". Il en découle presque nécessairement que le seul projet qui occupe désormais l'homme est la maîtrise rationnelle des objets du monde, lequel monde s'évanouit du fait même. L'art se sépare de la technique avec laquelle il faisait jusque là bon ménage, pour devenir le refuge de ceux qui ont la nostalgie du monde et ne le retrouveront plus que dans quelques moments de grâce en faisant appel à la magie d'un Cézanne et de quelques autres.

La négation et le refoulement portent donc essentiellement sur l'univers participatif gorgé d'imaginaire et de sensation, monde perdu qui se trouve par là réduit à cette "réserve naturelle" qui/que constitue l'inconscient tel que FREUD l'a défini pour une part, sur son versant positif.

Dès lors aussi, c'est la dynamique des conflits inconscients qui tire les ficelles de la marionnette corporelle-sexuelle. Le retour du refoulé correspond à la revanche des pulsions et des "esprits" et l'Esprit n'y peut pas grand' chose.

Tout ce que FREUD a écrit à propos du "Malaise dans la civilisation" peut s'interpréter en partie par la suprématie de Sch - + sur Sch + -.

L'autre élément décisif qui intervient pour modifier la "personnalité de base" du sujet moderne est l'obligation qui lui est faite d'intérioriser le rapport à l'autorité morale, intériorisation qui est au principe de la formation du Surmoi. Ici aussi, la position participative est battue en brèche. C'est dans la mélancolie qu'on s'en aperçoit le mieux.

L'esprit de raison individuelle (p+) et l'esprit de responsabilité personnelle (e+) conjuguent leurs efforts pour faire précipiter la position névrotico-normale ( P + - Sch - + ) majoritaire dans notre culture.

Les deux ouvrages majeurs de KANT que sont "La Critique de la Raison Pure" et "La Critique de la Raison Pratique" peuvent être considérés, de ce point de vue, comme les symptômes d'une mutation radicale du rapport de soi à soi et à l'Autre, symptôme produit dans le moment approximatif où la mutation s'est précipitée. Il est intéressant de noter que KANT fut le premier grand pourfendeur du mythe du "bon sauvage" et qu'il fut à l'origine de la distinction entre Natur- et Kulturvölkern.

D'autre part, toutes les critiques dirigées plus tard contre l'idéalisme transcendantal, le criticisme et le rationalisme, notamment par SCHOPENHAUER et NIETZSCHE, sont autant de manières de pointer ce que l'homme a perdu ou risque de perdre dans l'aventure de la mutation "civilisatrice".

Ce qui est flagrant en tout cas, c'est le fait que la culture occidentale - individualiste, rationaliste, positiviste, scientiste, techniciste.... - est, selon l'expression de Michel TOURNIER, pour toutes les autres cultures, inévitablement "ethnocide".

Chez l'homme occidental, la participation se trouve être déplacée et restaurée dans le domaine de la fantasmagorie oedipienne - en quoi JUNG n'avait pas tout à fait pas tort de penser que l'Oedipe est une fantaisie rétroactive, eine Zurückfantasie - par le truchement du fantasme le plus irréaliste, celui de la régression dans le ventre de la mère ( C - + ), qui nous apparaît finalement, en tant qu'il réactive le lien incestueux - en latin: in-castus devenu incestus , antonyme de chaste, vertueux, honnête, pur, désintéressé, religieux - comme étant la composante la plus sensible et finalement la plus évidente de ce que nous nommons communément "oedipien", soit la restauration du lien originaire à la mère, le lien bio-logique, ce qui dans la langue courante est très justement désigné comme oedipien. A quoi bon le progrès "scientifique" si on en arrive aujourd'hui à tout mélanger dans le "melting pot" du bio-socio-psychologique qui fait fureur dans toutes les facultés de psychologie et qui ne signifie rien d'autre que la domination du "bio" sur tout le reste, un "bio" qui n'a rien de réel mais qui est complètement imaginarisé, mythifié, et pour tout dire déifié.

Voilà où mène Oedipe avant qu'il ait franchi l'étape de s'être crevé les yeux pour découvrir qu'on n'est pas un homme tant qu'on n'a pas découvert qu'on n'est rien, selon la formule d'"Oedipe à Colone". Entre l'Oedipe qui clôt la tragédie et celui qui l'inaugure, il y a toute la différence entre un sage dépossédé de toute espèce de suffisance et l'infatuation de ceux qui se nourrissent de la seule connaissance positive assimilée hâtivement à la vérité.

Le profil "oedipien" condense essentiellement trois processus:

-l'intériorisation de la tendance meurtrière-thanatique qui aboutit à la formation d'une instance éthico-morale interne culpabilisante, soit le Surmoi: P + -;

-l'individualisation fondée sur le primat de la pensée réaliste ( anti-mythique), criticiste et rationaliste: Sch - +;

-la dégénitalisation associée à l'imprégnation prégénitale, essentiellement orale-anale-uréthrale, de la sexualité, à travers la prévalence inconsciente du fantasme de régression intra-utérine: C - +.

Cette dernière caractéristique est ce qui distingue le plus nettement la population occidentale des populations primitives, et peut-être de toutes les autres, mais nous manquons malheureusement de données expérimentales en ce qui concerne par exemple les populations arabes et asiatiques.

Du fait que le renversement de C + - en C - + est aussi le phénomène le plus caractéristique du passage de la période de latence à l'adolescence, nous sommes tentés d'y voir le signe le plus flagrant dudit passage et donc aussi de la régression "incestueuse" ( C - + = Inzestbindung) et du retour de la conflictualité oedipienne propre à l'adolescence.

C'est ce qui nous a induit à poser l'hypothèse, aujourd'hui partagée par beaucoup de spécialistes de l'adolescence, que celle-ci, en tant que seconde Oedipomachie, est propre à la culture occidentale, alors que les autres civilisations s'efforcent pour l'essentiel de maintenir les acquis de la période de latence, ce qui revient à consolider le refoulement primaire, surtout pour ce qui concerne le gel du lien oedipien ou, pour employer le langage populaire qui est parfaitement pertinent, la ligature du cordon ombilical.

Nous venons d'insister sur ce fait essentiel que le besoin participatif du moi se trouvait, dans notre culture, déplacé ou restauré par la régression dans le fantasme du retour au sein maternel ( C - + ), à travers toutes ses variantes qui sont innombrables et qui figurent autant de remèdes contre un sentiment de foncière solitude que le primitif ne connaît jamais; citons pêle-mêle la toxicophilie pour ne pas dire la toxicomanie, toutes les autres manies depuis le bingo jusqu'au zapping en passant par Internet , le cocoonage symbiotique, l'idéalisation fusionnelle du couple, toutes les illusions groupales, le fantasme de l'île déserte et de la régénérescence écologique, l'obsession du pèse-personne, du light et du bio - encore! -, bref, ouvrez n'importe quel magazine à succès et vous saurez tout sur l'idéologie dominante de la fin du deuxième millénaire.

Un autre besoin fondamental, celui d'être reconnu au sens du "désir du désir de l'autre", se trouve limité chez le primitif au désir d'être reconnu comme personne dans son corps propre tant il est vrai qu'ici le corps seul fait principe d'individuation. Le corps et le nom, signifié et signifiant, sont à ce niveau entendus comme une seule et même chose.

Notre conception d'une âme ou d'un esprit sans commune mesure avec notre matérialité corporelle est complètement étrangère à la mentalité primitive.

Le narcissisme corporel-sexuel est évidemment, avec le bon sens, la chose la mieux partagée au monde mais c'est aussi le lieu de la plus grande douleur puisque c'est celui du défaut fondamental et de la perte ou de la déchéance possibles de l'objet-moi, le seul auquel l'être humain est véritablement attaché quoi qu'il en dise, le mensonge - pudique - étant sur ce chapitre, généralisé.

La position h+ qui renvoie, avec le désir d'être désiré, à ce narcissisme corporel primaire, n'est certes pas l'apanage des populations primitives. Elle y est seulement plus tendue (h +!!!), pour les bonnes raisons qu'en donne SZONDI sans doute - le libre choix du conjoint n'est reconnu en droit que depuis un décret de la Convention daté de 1792 - mais aussi, pensons-nous, parce que dans les cultures archaïques, il n'y a pas d'autre point de fixation pour le narcissisme.

La photographie ci-dessous qui nous montre des jeunes hommes de la tribu des Bororo du Niger participant à un concours de beauté, sans doute en vue de se faire valoir comme candidat au mariage, n'est guère imaginable dans notre culture. Edmond ORTIGUES fait remarquer dans l'"Oedipe Africain" que de telles manifestations que nous serions tentés de taxer d'homosexualité ou de transvestisme sont normales et même normatives dans les cultures africaines. Elle réalise à notre avis la conjonction, rare dans notre culture, du quatuor : h+! s - hy + k+ m -.

Dans la tradition occidentale - peut-être vaudrait-il mieux dire indoeuropéenne - , le sujet depuis longtemps habitué à dissocier l'âme-esprit d'un corps volontiers méprisé, le narcissisme est invité à trouver sa demeure dans ce que FREUD a nommé l'Idéal du Moi et qui condense les aspirations personnelles et individualis(an)tes du sujet pour constituer celui-ci en véritable microcosme, l'idéal microcosmique, pour la première fois dégagé par LEIBNIZ, étant devenu l'idéal commun de la génération issue des Lumières. D'où la promotion subite du Je transcendantal que légitimise la philosophie kantienne, si bien qu'on a pu dire que, si avant KANT, l'homme avait la tête dans l'espace, désormais l'espace est dans sa tête.

Il n'est pas tout à fait juste d'affirmer que l'occupation de la position inflative p+ soit absolument prohibée dans les cultures primitives, mais elle paraît réservée presque exclusivement, comme l'a bien montré la recherche de Brigitte HERMAN, aux sujets très âgés, là où ceux-ci sont censés, du fait qu'ils sont proches de la mort, être en communication intime avec les mânes des ancêtres. Parole pleine et regard droit sont l'apanage des vieillards.

Dans le même ordre de faits, nous avons eu connaissance par Marc LEDOUXfn 10

1 test d'un guérisseur avant et après son office: Avant:VGP + +! - 0 + + ± + Après 0 + - + + - - -!

EKP 0 + - + + - - -! ± + ± +! +

2 test d'un sorcier: VGP + o + + !! +!

EKP +! -! 0 + +

3 test d'un jeune homme de 13 ans avant et après initiation. Avant-plan février 1991 +! + + + 0

Avant-plan novembre 1991 + + ± 0 0 du test de Szondi d'un guérisseur ivoirien qui, quelques minutes avant d'officier était en position Sch ++, et qui avait rejoint la position Sch + - une heure plus tard, ce qui s'accorde avec le fait bien connu que les sorciers sont eux aussi en communication avec les esprits, mais pas tout le temps, seulement dans le moment de la transe, après quoi ils rejoignent la position commune et se comportent comme tout le monde.

Un ami africain nous fit un jour remarquer que la valse, avec ses poses alanguies, était un signe flagrant de la dégénérescence européenne puisque dans la danse africaine, bien que la sexualité soit ouvertement mimée, on se tient à distance ( m -) et on ne se laisse pas aller à des mélanges équivoques (m+).

Nous saurons donc désormais que le "Beau Danube bleu" est le summum de la musique incestueuse.

Bibliographie

Balsacq Thérèse. Le test de Szondi chez l'enfant de 9-10 ans. Mémoire de licence en Psychologie. Université de Liège, 1977.

Delrée Yvette. Le test de Szondi chez l'adolescent. Mémoire de licence en Psychologie. Université de Liège, 1977.

Herman Brigitte. Approche szondienne d'une population burundaise. Mémoire de licence en Psychologie. Université de Liège, 1991.

Mélon Jean. Le point de vue szondien sur la période de latence. Feuillets Psychiatriques de Liège, 13, 2, pp. 140-159, 1980.

Mélon Jean, Stassart Martine et Herman Brigitte. Le Szondi des "primitifs". Szondiana, Zurich, 12, 1, pp. 64-69, 1992.

Pochet Anne. Approche szondienne de populations rurale et urbaine en Italie du Nord. Mémoire de licence en Psychologie. Université de Liège, 1993.

Stassart Martine. Evolution psychodynamique à moyen terme de la détermination vocationnelle chez le grand adolescent. Thèse de Doctorat en Psychologie. Université de Liège, 1995.


Des chiffres et des signifiants

Tableau 1

1.Szondi L. 1000 Hongrois normaux de Budapest (1935-39).

2.Soto-Yarritu F. 750 Navarrais normaux (1952).

3.Pochet Anne . 200 Italiens normaux de la région de Padoue (1992).

4.Mélon J. 111 sujets en psychothérapie analytique (1978-87).

5.Herman Brigitte. 106 sujets normaux du Burundi (1991)

6.Jean-Luc Brackelaire. 68 Tarahumaras normaux (1982)

Tableau 2

Tableau 3

1.Szondi L. 1000 Hongrois normaux de Budapest (1935-39).

2.Soto-Yarritu F. 750 Navarrais normaux (1952).

3.Herman Brigitte.106 Burundais normaux (1991).

4.Balsacq Thérèse.30 enfants liégeois de 9-10 ans (1977)

5.Delrée Yvette. 30 adolescents liégeois de 16 ans (1977).

6. Brackelaire Jean Luc. 67 Tarahumaras normaux (1982).

Tableau 4


Footnotes

1. Léopold Szondi (1960). In Lehrbuch der experimentellen Triebdiagnostik. Huber, Bern, 1972, pp. 415-417.

2. Ce qui a été réalisé depuis grâce à l'enquête de Jean Luc BRACKELAIRE auprès des Indiens Tarahumaras.

3. Si SZONDI a mentionné le fait que le sujet connaissait la langue française, c'est sans aucun doute pour souligner le fait qu'il avait été suffisamment "acculturé" pour être susceptible de développer la tendance rationalisante k-. On remarquera que la présence de k- s'accompagne de la présence ou d'un renforcement de la tension en p- (2,7), en h+ (7), en s- (2), en m- (7) ou en hy+ (2, 7). Pour la compréhension de ce phénomène compensatoire, on se référera à l'article de Brigitte HERMAN.

4. Maurice BLANCHOT. L'Entretien infini. Paris, Gallimard, 1969, page 15.

5. En situant le sadisme au départ, Mélanie KLEIN adopte une position opposée à celle de FREUD qui le considère comme postérieur au masochisme. La conséquence de cette thèse est que toute la théorie des perversions s'en trouve gauchie. Non seulement le sadisme remplace le fétichisme comme paradigme du fonctionnement pervers, mais la position perverse est toute entière traversée par la pulsion de mort et la destructivité, ce qui assure le retour de la conception préfreudienne des perversions. Pervers et malfaisant sont redevenus des synonymes.

Dans le système szondien considéré dans l'optique des circuits pulsionnels de SCHOTTE, ce n'est pas le sadisme (s+) qui est primaire mais bien la rage envieuse (e-). On voit par là que l'envie destructrice, autre grand thème kleinien, peut parfaitement trouver sa place dans le système szondien, de même que la réparation (e+). Il tombe par ailleurs sous le sens que sadisme et envie sont des choses différentes qui sont loin d'être toujours associés.

6. L'analogie établie par FREUD dans "Totem et Tabou" entre l'enfant, le primitif et le fou, se justifie par une même pregnance de la position participative. Toutefois, il s'agit dans chaque cas de formes très différentes de "participation".

7. Jürgen HABERMAS (1968). La technique et la science comme idéologie. Paris, Denoël, 1978.

8. François JACQMIN. Le poème exacerbé. Louvain-la-Neuve, Presses Universitaires de Louvain UCL, 1992.

9. Claude LEVI-STRAUSS (1949). Le sorcier et sa magie. In "Anthropologie structurale". Paris, Plon, 1958.

10. Marc Ledoux nous a remis les documents suivants qui s'intégreront dans un prochain article sur la "Psychopathologie africaine":

1 test d'un guérisseur avant et après son office: Avant:VGP + +! - 0 + + ± + Après 0 + - + + - - -!

EKP 0 + - + + - - -! ± + ± +! +

2 test d'un sorcier: VGP + o + + !! +!

EKP +! -! 0 + +

3 test d'un jeune homme de 13 ans avant et après initiation. Avant-plan février 1991 +! + + + 0

Avant-plan novembre 1991 + + ± 0 0

© 1996-2001 Leo Berlips, JP Berlips & Jens Berlips, Slavick Shibayev